Faire sa hijra en 2026 : le guide pratique pour les francophones

En bref : la hijra désigne l’émigration, et sa préparation pratique se fait en trois temps : comprendre ce que disent les textes, vérifier les règles d’entrée et de séjour du pays visé, puis régler tes démarches en France avant de partir. Ce guide s’appuie sur des sources officielles datées, ne donne pas de budget global (aucune source officielle n’en publie) et ne tranche pas les questions religieuses : il cite des références à étudier avec un savant de confiance.

Informations vérifiées le 9 octobre 2026 : fiches du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (mises à jour entre le 15 septembre et le 8 octobre 2026), Service-Public, BOFiP, Pew Research Center. Taux de change : référence BCE du 9 octobre 2026 (api.frankfurter.dev) : 1 € = 55,1033 livres turques, 4,5777 ringgits malaisiens, 1,1206 dollar.

Que disent les textes sur la hijra ?

Les textes parlent d’émigration pour la foi et rappellent le rôle de l’intention ; les savants contemporains ne donnent pas tous la même réponse sur la situation d’un musulman qui vit dans un pays non musulman. Voici des références précises pour t’orienter, sans conclure à ta place :

  • Coran : sourate 4 (An-Nisa), versets 97 à 100 (traduction Hamidullah). Au verset 97, ceux qui ont fait du tort à eux-mêmes, interrogés par les anges à leur mort, répondent qu’ils étaient impuissants sur terre ; les anges leur disent : « La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ? » Les versets 98 et 99 exceptent les vrais impuissants, hommes, femmes et enfants incapables de se débrouiller et qui ne trouvent aucune voie : Allah leur accordera le pardon. Le verset 100 promet à celui qui émigre dans le sentier d’Allah refuges et abondance sur terre, et sa récompense auprès d’Allah s’il meurt en chemin. Ibn Kathir explique que le verset 97 vise celui qui reste parmi les polythéistes alors qu’il peut émigrer et qu’il ne peut pas pratiquer sa religion : ce séjour est alors interdit, par consensus. Sourate 29 (Al-Ankabut), verset 56 : « Ma Terre est bien vaste » (traduction Hamidullah) ; Ibn Kathir y lit l’ordre d’émigrer d’un pays où l’on ne peut pas pratiquer sa religion vers un lieu où on le peut.
  • L’intention : hadith de ʿUmar ibn al-Khattab, Sahih al-Bukhari n° 54 et Sahih Muslim n° 1907, qui distingue l’émigration pour Allah et Son Messager de celle faite pour un bénéfice de ce monde ou pour épouser une femme (le n° 1 d’al-Bukhari en donne une version courte, sans la phrase sur Allah et Son Messager).
  • La fin de la hijra depuis La Mecque : Sahih al-Bukhari n° 2783 (Ibn ʿAbbas) rapporte « pas d’émigration après la Conquête, mais djihad et intention » ; le n° 3077 donne le même hadith, prononcé le jour de la conquête de La Mecque. Les savants discutent de ce que cela implique aujourd’hui.
  • Vivre dans un pays non musulman : les avis divergent. Ibn Baz juge obligatoire, pour qui le peut, de quitter un pays non musulman pour un pays musulman où les rites de l’islam sont accomplis (Majmuʿ al-Fatawa 28/238) ; il ne voit pas de mal au séjour de celui qui a la science, montre sa religion et appelle à Allah, et l’interdit aux autres (9/401). Ibn ʿUthaymin pose deux conditions : être sûr de garder sa religion (science, foi, fermeté) et pouvoir la pratiquer ouvertement, sinon il faut émigrer ; il admet le séjour pour un motif précis (prédication, commerce, soins, études sous conditions) et juge plus dangereux encore de s’y installer pour y vivre (Sharh Thalathat al-Usul). Al-Albani est cité pour l’obligation de quitter ces pays. Le Conseil européen de la fatwa et de la recherche juge le séjour permis si le musulman peut protéger sa religion et se protéger de l’injustice, en citant Coran 4:97-100 (fatwa publiée en anglais par IslamOnline) ; selon un résumé de sa décision 3/16 (Istanbul, 2006), il le juge même recommandé si le musulman peut participer positivement à la société.
  • Le hadith de Jarir : « Je me désolidarise de tout musulman qui vit parmi les polythéistes » (Abu Dawud n° 2645, at-Tirmidhi n° 1604). Ibn Baz et al-Albani le citent et le jugent authentique ; al-Bukhari, rapporté par at-Tirmidhi, estime que la version exacte est mursal (sans le nom du Compagnon), ce qui l’affaiblit ; le Conseil européen le juge non authentique et, même s’il l’était, lié à un contexte précis.

Ce guide ne dit pas ce qui est obligatoire ou recommandé pour toi. Expose ta situation (famille, travail, santé, pratique sur place) à un savant ou un imam de confiance. Les positions d’Ibn Baz et d’Ibn ʿUthaymin sont tirées de leurs propres textes ; celles du Conseil européen et d’al-Albani viennent de résumés publiés par fiqh.islamonline.net et islamicfiqh.net : vérifie-les.

Entrée et séjour : ce que disent les fiches officielles

Pour un Français, la plupart des destinations exigent un passeport valable au moins six mois après l’entrée, et un séjour long suppose ensuite un visa, un permis ou un sponsor.

PaysPasseportCourt séjour pour un FrançaisS’installerMusulmans (Pew, 2020)
Émirats arabes unis6 mois minimum à la date d’entréePas de visa, 90 jours maximum sur 18030 jours après l’arrivée pour obtenir le visa de résidence, via l’employeur72,9 %
Arabie saouditeValidité dépassant d’au moins 6 mois la fin du séjourVisa électronique recommandé avant le départVisa d’installation demandé hors du pays, puis iqama sur place ; un répondant (sponsor) est nécessaire92,7 %
QatarPlus de 6 moisPas de visa sous 90 jours ; assurance santé obligatoire au-delà de 30 joursPermis de résidence avec parrainage local, indispensable pour la banque, le bail et l’école75,9 %
TurquiePlus de 150 jours après l’entrée (ou carte d’identité valide)Pas de visa, 90 jours sur 180Non détaillé dans la fiche : voir notre guide visa97,1 %
Malaisie6 mois après la fin du séjourPas de visa sous 90 jours ; formulaire d’arrivée en ligne (MDAC) 3 jours avantNon détaillé dans la fiche : voir notre guide visa64,1 %
MarocValide pendant tout le séjourBillet de retour et justificatifs de moyens de subsistance ; au-delà de 90 jours, prolongation à demander (3 mois au plus)Voir notre guide titre de séjour99,7 %

Sources : fiches « Entrée / séjour » de France Diplomatie (EAU, Qatar, Turquie, Malaisie, Maroc : 15 septembre 2026 ; Arabie saoudite : 8 octobre 2026) ; Pew Research Center, annexe B de « How the global religious landscape changed from 2010 to 2020 » (juin 2025).

La colonne Pew rappelle qu’un pays musulman n’est pas un pays musulman à 100 % : la part de musulmans va de 64,1 % en Malaisie à 99,7 % au Maroc. Pour les prix, chaque pays a son guide : Dubaï, Istanbul, Kuala Lumpur, Maroc.

Les démarches en France avant le départ

Les démarches essentielles sont l’identité, les documents à faire apostiller, les impôts, la protection sociale et les allocations, et il vaut mieux les lancer plusieurs mois avant de partir.

DémarcheCe que dit la source officielleSource
Passeport et visaPasseport en cours de validité, avec parfois une durée minimale après l’entrée. Un mineur doit avoir un passeport individuel. Le visa se demande au consulat du pays, ce qui peut prendre plusieurs semaines.Service-Public, « Je pars vivre à l’étranger » (vérifié le 26 avril 2024)
Apostille et légalisation de tes documentsDepuis le 1er mai 2025 (apostille) et le 1er septembre 2025 (légalisation), ce sont les notaires qui s’en chargent. Tarif normal : 10 € par acte jusqu’à 3 actes, délai de 3 jours ouvrés ; urgence sous 24 heures : 20 € par acte (prix hors TVA).Service-Public, fiche F1400 (vérifiée le 1er septembre 2025)
ImpôtsPrévenir ton centre des impôts. Seuls les services fiscaux déterminent ta résidence fiscale. Hors de France, tu n’es imposable que sur tes revenus de source française, sauf exception.Service-Public, « Je pars vivre à l’étranger »
Assurance maladieTu peux adhérer à la Caisse des Français de l’étranger (CFE) et tu cotises alors aussi au régime du pays d’accueil. Offres d’assurance santé de la CFE « à partir de » 57 €/mois (JeunExpat, moins de 30 ans) et 87 €/mois (MondExpat, plus de 30 ans).Service-Public ; cfe.fr (octobre 2026)
AllocationsSi tu es allocataire, déclare ton départ et ta future adresse dans ton espace Caf.Service-Public, « Je pars vivre à l’étranger »
Comptes bancairesÀ toi de décider de les garder ou de les fermer. Certains placements ne peuvent être détenus qu’avec une résidence fiscale en France.Service-Public, « Je pars vivre à l’étranger »

Une idée reçue à écarter : la « règle des 183 jours » n’est pas un critère du domicile fiscal. L’article 4 B du Code général des impôts retient trois critères alternatifs : avoir en France son foyer ou son lieu de séjour principal, y exercer une activité professionnelle, ou y avoir le centre de ses intérêts économiques. La durée de 183 jours n’apparaît pas dans le BOFiP consulté. Fais déterminer ta situation par les impôts et suis la checklist avant de quitter la France.

Après l’arrivée, l’inscription au registre des Français établis hors de France n’est pas obligatoire mais vivement recommandée ; elle est gratuite et valable 5 ans. Dans la plupart des pays, au bout de 3 mois de résidence, tu dois respecter des conditions pour rester (enregistrement local, visa ou titre de séjour).

Combien prévoir ? Ce qui se chiffre, poste par poste

Aucun budget de lancement global n’est publié par une source officielle. Voici ce qui est vérifiable :

  • Apostille ou légalisation : 10 € par acte au tarif normal, 20 € en urgence (hors TVA).
  • CFE : à partir de 57 ou 87 € par mois selon l’âge, avant cotisation au régime du pays.
  • Qatar : l’assurance santé est obligatoire pour tout séjour de plus de 30 jours ; le permis de résidence conditionne l’ouverture d’un compte, le bail et l’école.
  • Monnaie locale : la livre turque valait 20,0039 pour 1 € le 2 janvier 2023 et 55,1033 le 9 octobre 2026 (BCE). Un budget calculé en livres peut donc perdre beaucoup de sa valeur en euros.

Un homme demanda au Prophète ﷺ s’il devait attacher sa monture et se remettre à Allah, ou la laisser libre et se remettre à Allah. Il répondit : « Attache-la et remets-toi à Allah » (at-Tirmidhi n° 2517, d’après Anas). At-Tirmidhi le dit gharib et rapporte que Yahya al-Qattan le jugeait munkar ; al-Albani le juge hasan (Sahih at-Tirmidhi), comme la classification Darussalam, et at-Tirmidhi signale une version proche rapportée par ʿAmr ibn Umayya ad-Damri. Le Coran 65:3 rappelle la confiance en Allah. En pratique : garde une marge financière avant de partir, et consulte les guides par pays pour les prix.

Les 90 premiers jours sur place

Les premiers jours servent à régulariser ton séjour, et le calendrier dépend du pays : aux Émirats, tu as 30 jours pour le visa de résidence via ton employeur ; au Qatar, le permis de résidence est la première formalité et passe par un parrainage. Inscris-toi au registre consulaire, ouvre ton compte local quand tes papiers le permettent (guide Dubaï et Riyad) et, pour un établissement AEFE, dépose le dossier de tes enfants tôt (Service-Public).

Les pièges à éviter

  • Un passeport trop court ou abîmé. Les Émirats exigent 6 mois de validité sous peine de refoulement et ne reconnaissent pas le passeport d’urgence ; la Malaisie refoule les passeports endommagés (France Diplomatie).
  • Croire que la résidence fiscale change toute seule. Ni la durée à l’étranger ni un départ ne la règlent automatiquement : contacte tes impôts.
  • Partir sans couverture santé. Au retour en France sans emploi, il faut justifier de 3 mois consécutifs de résidence pour être couvert (Justice.fr, mis à jour le 2 octobre 2025).
  • Épargner en monnaie locale instable. Voir l’exemple de la livre turque ci-dessus.
  • Idéaliser le pays d’accueil. La part de musulmans va de 64,1 % à 99,7 % dans le tableau ci-dessus, et chaque pays a ses propres règles pour les résidents.
  • Ne pas prévoir le retour. Garde un compte en France et lis le guide sur le retour après expatriation.

Questions fréquentes

La hijra est-elle obligatoire ?

Les savants ne répondent pas tous de la même façon ; voir la première section pour les références (Coran 4:97-100, positions d’Ibn Baz, d’Ibn ʿUthaymin et d’al-Albani, décision 3/16 du Conseil européen). Ce guide ne tranche pas : demande conseil à un savant de confiance.

Faut-il un visa pour s’installer dans le Golfe ?

Pas toujours pour entrer : les Français sont dispensés de visa de court séjour aux Émirats et au Qatar. Pour résider, il faut un visa ou un permis de résidence obtenu via un employeur ou un parrain (France Diplomatie).

Combien coûte une hijra en famille ?

Aucune source officielle ne publie de total. Utilise les guides de coût de la vie par pays, qui indiquent leurs sources.

Que devient ma sécurité sociale en partant ?

Tu peux adhérer à la CFE tout en cotisant au régime du pays d’accueil. Au retour, une personne sans activité doit justifier de 3 mois consécutifs de résidence en France pour être couverte (Justice.fr).

Que vaut le chiffre « 60 % des projets échouent » ?

Aucune étude publiée ne confirme ce chiffre. Une publication universitaire de 1995 (A.-W. Harzing) juge presque inexistant le fondement empirique de forts taux d’échec, mesurés par le retour prématuré, chez les expatriés d’entreprise. Une enquête Expat.com de mars 2020 (3 000 répondants) indique que, parmi ceux qui avaient prévu de s’installer pour de bon, 30 % ont finalement décidé de rentrer, surtout pour des problèmes d’adaptation et pour se rapprocher de leur famille.

Pour aller plus loin

Sources

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Guide StartHijrah, préparé avec nos outils de collecte et de vérification, et publié sous la responsabilité de Nakib A., fondateur. Chaque information est recoupée et datée à partir des sources publiques.